mercredi 19 mai 2010

Rabah Saâdane : "L'Algérie doit encore grandir"

Le sélectionneur algérien sait se montrer disponible. Après une séance d'entraînement sur le terrain artificiel du FC Crans Montana (Suisse), Rabah Saâdane  a longuement reçu jeuneafrique.com. Rendez-vous dans les salons du luxueux hôtel que la délégation algérienne a réservé pour le premier de ses deux stages de préparation à la Coupe du Monde 2010.
Au moment de désigner ses favoris, Rabah Saâdane ne fait pas preuve d'une grande originalité. Le sélectionneur algérien voit bien l'Espagne aller jusqu’au bout. Lui aussi est impressionné par la puissance dégagée par les champions d'Europe 2008. « C'est la meilleure équipe du monde. Mais le Brésil, l'Italie et l'Angleterre peuvent aussi prétendre au titre mondial. »  Et la France ? « Il ne faut pas l'enterrer. Personne ne semble croire en elle, et c'est justement dans ce genre de situation qu'elle peut être dangereuse. » Enfin, parmi les six sélections africaines, Saâdane  mise plutôt sur le Ghana et la Côte d'Ivoire, « qui ont l'expérience de la Coupe du Monde 2006 » ou sur le Cameroun. Et sur l’Algérie, bien sûr... Interview.
jeuneafrique.com : Cela fait presque une semaine que le stage a débuté, votre effectif est enfin au complet...
Rabah Saâdane : Au début du stage, il n'y avait qu'une dizaine de joueurs dont les championnats respectifs étaient terminés. D'autres sont arrivés le week-end dernier et, aujourd'hui, tout le monde est là. Bien sûr, en fonction de l'état physique de chacun, nous constituons des groupes de travail. Certains font des soins et travaillent à l'hôtel pendant que les autres s'entraînent. Il y a une ou deux séances par jour, toujours assez légéres. Il s'agit d'abord de s'adapter à l'altitude car nous sommes à 1 500 mètres. La tête et les jambes peuvent être lourdes et trouver le sommeil n'est pas forcément évident. L’objectif de ces premiers jours est donc de s’adapter à ces conditions que nous retrouverons en partie en Afrique du Sud, où l'altitude jouera un rôle certes important, mais pas déterminant.
L'Algérie va disputer un match amical le 28 mai à Dublin, face à l'Eire. Quand va réellement débuter le travail technique et tactique ?
Ce sera l'axe de travail de la deuxième semaine, après les tests physiques. D'une certaine façon, j'ai besoin de redécouvrir mon équipe. La dernière fois que je l'avais eue sous la main, c'était à l'occasion du match perdu à Alger contre la Serbie [(0-3) le 3 mars, NDLR]. Là, nous sommes en fin de saison, les joueurs sont fatigués, certains saturent. Je verrai sur le terrain où nous en sommes vraiment. Les deux matches amicaux, en Irlande puis, le 5 juin, face aux Émirats arabes unis lors de notre second stage en Allemagne, serviront à cela. Les résultats ne seront pas ma principale préoccupation. Bien sûr, j'aurais aimé que nous jouions un ou deux matchs de plus, mais ce n'était pas possible.
On sait déjà où en sont certains de vos joueurs, comme Ziani (Wolfsburg), Belhadj (Portsmouth) ou Mansouri (Lorient). Ils font ainsi partie des cadres qui ont peu joué cette saison, mais sont en même temps pleins d’énergie... Est-ce inquiétant ou plutôt une bonne nouvelle ?
Ces joueurs font partie de l'ossature. Mais, comme je vous l'ai dit, je suis en train de reconstruire l'équipe. J’en saurai plus sur leur degré de forme après les tests physiques. Après les deux matchs amicaux et le dernier stage en Allemagne - au niveau de la mer - où nous effectuerons un travail technique, tactique et psychologique intense, je serai fixé. Et si un joueur n'est pas totalement prêt, il faudra prendre la décision de ne pas le faire débuter. C'est pour cela que je leur ai demandé à tous de bien se reposer. Il y a ceux qui ont peu joué et ceux qui traînent des blessures plus ou moins sérieuses... À cette époque de la saison, tous les sélectionneurs rencontrent ce genre de problèmes.

Bougherra (Glasgow) et Yebda (Portsmouth) vont mieux, mais on se pose pas mal de questions au sujet de Meghni (Lazio Rome), touché au tendon rotulien et dont la participation à la Coupe du monde est incertaine...
Meghni est venu ici parce que j'ai consulté le staff médical. On a quinze jours pour voir et prendre une décision. Nous avons décidé de le convoquer pour le stage en sachant qu'il peut être rétabli pour la Coupe du monde. Je dois donner ma liste des 23 joueurs le 31 mai. Cela nous laisse encore un peu de temps.
Vous avez retenu sept joueurs – Boudebouz (Sochaux), Bellaïd(Boulogne-sur-Mer), Medjani (Ajaccio), M’bolhi (, Mesbah Lecce), Kadir (Valenciennes) et Guedioura (Wolverhampton - qui n'ont encore jamais joué pour l'Algérie. Comment cela a-t-il été perçu en Algérie par la presse et le public, alors que certains internationaux qui évoluent dans le pays ont été évincés après le match face aux Serbes ?
Les joueurs que j'ai écartés ont des qualités, mais pour une Coupe du monde, j'avais besoin d'éléments de niveau supérieur. Il y a la Coupe du monde et, en septembre, le début des matchs qualificatifs pour la CAN 2012. On doit préparer l'avenir. Alors, peut-être que mon choix n'a pas plu à tout le monde. Je sais qu'une petite partie de la presse algérienne critique beaucoup la sélection. Mais je n'y prête guère attention.
Quel rôle peut espérer jouer l'Algérie en Afrique du Sud ?
Le match le plus important est souvent le premier. Nous allons débuter face à la Slovénie, une équipe qu'il ne faut surtout pas sous-estimer. Pour l'Algérie, l'objectif est atteint puisque nous sommes qualifiés pour la Coupe du monde. On va tenter de faire quelque chose, mais il ne faut pas oublier que cette sélection manque d'expérience au niveau international. Il faut qu'elle grandisse. Que nous fassions une bonne Coupe du monde ou pas, il ne faudra pas tirer de conclusions définitives. Nous avons besoin de stabilité.
Avec Rabah Saâdane à la tête de la sélection ? Votre départ après le Mondial est souvent évoqué...
Ce n'est pas la question la plus importante. Nous avons déjà discuté de ce sujet avec le président Raouraoua [président de la Fédération algérienne de football, NDLR], et nous en discuterons encore. Nous en ferons état le moment venu. In jeune Afrique